Philosophie politique et Islam


Conférence publique organisée par la Société Rhodanienne de Philosophie.

Une focalisation excessive sur les normes religieuses, un règne quasi exclusif d’une Loi transcendante qui prétend gérer jusqu’au menu détail la vie des individus et des groupes, un poids écrasant des sources scripturaires sacrées ou sacralisées dans la détermination des conduites : telles sont les représentations qui se dégagent de l’examen rapide de la situation juridique, sociale ou politique de plusieurs pays musulmans.
De nombreuses tendances, qu’elles se réclament d’un simple piétisme ou d’une idéologie politique structurée, convoquent systématiquement la référence à la religion dès lors qu’un discours est formulé sur la guerre, la politique, l’économie, la finance, ou l’apparence vestimentaire. Pour tous ces domaines et d’autres encore, l’attribut « islamique » qui leur est accolé désigne non pas ce qui est produit en Islam sur plus de quatorze siècles, mais l’horizon dogmatique qui doit nécessairement affecter les théorisations ou les pratiques qui leur sont associées.
Mais on reconnaît parallèlement que certains penseurs qui sont le produit de cette culture entre les Xe et XIIe siècles (Fârâbî, Avicenne, Miskawayh ou Averroès) ont pertinemment pensé le statut de la religion au sein de la Cité et théorisé son rapport à la politique, au droit et à la philosophie, si bien qu’on leur attribue parfois la paternité d’idées audacieuses qui sont à l’origine des principes modernes du vivre ensemble (rejet du fanatisme, critique du zèle religieux, pensée de la tolérance, etc.).

Comment expliquer ce contraste entre le passé et le présent des mondes musulmans, quelles sont les grandes lignes de cette philosophie de la religion et sous quelles conditions pourrait-elle nous aider à penser notre époque ?

Enregistré le : 01/02/2017

Intervenant(s) : Makram ABBÈS (Professeur au département d'arabe de l'ENS Lyon)

Réalisation : PAPN